L’abstraction, écrit le critique Michel Seuphor son grand défenseur, « n’est nullement la voie de la facilité mais celle de la création pure, je dirais, en donnant au mot son sens étymologique, de l’invention de soi. » Les artistes contemporains en sont fascinés. La matière peut tout.

Elle confère aux toiles d’Arnaud Gautron une vie intérieure intense. Ses gestes, son imaginaire, ses humeurs s’incarnent de son matériau qu’il chiffonne, qu’il charge, qu’il dynamise. De Pollock, il a pris le geste pour produire une pluie d’étoiles. Il a regardé Kiefer et ses grands champs de mémoire. Comme Fautrier il a trouvé le moyen d’envelopper le mystère dans la peau froissée de sa peinture. Des paysages ?

Cela sent l’humidité. Comme dans la nature, la lumière du soleil dans une forêt dense et sombre à l’automne, la chaleur provoquée par ses rouges et ses ocres irradie ses noirs bitumeux. La transparence de l’eau abonde, pluie ruisselant sur les vitres : « Les horizons fuient à l’est » titre-t-il.

Parfois une chaleur désolante semble assécher la saison. D’un coup tout se fige, l’air humide, la brume enveloppe le tout.
Glaciale, boréale, une autre de ses toiles m’évoque le Labrador vu du ciel. Une autre, liquide et visqueuse semble se lisser comme l’intérieur rose d’un coquillage de mer, la charonia tritonis.

Paysages fantômes, terres réincarnées, la matière dense et sombre, et de papiers froissés, découpés, ses paysages se passent des paysages, leurs états bilieux, leur mélancolie, leur flegme, leur sécheresse, implosent.
Les quatre humeurs cardinales et les quatre éléments de la nature se correspondent. La nature et l’être semblent communier dans une abstraction hippocratique. L’homme dans le paysage, l’homme nature, l’artiste, ses rêves, sa matière, sa substance : « Quand une rêverie, quant un rêve vient ainsi à s’absorber dans une substance, l’être entier en reçoit une étrange permanence. Le rêve s’endort. Le rêve se stabilise. Il tend à participer à la vie lente et monotone d’un élément. Ayant trouvé son élément, il y vient fondre toutes ses images. Il se matérialise. Il se “cosmose” ». Écrit Bachelard.

 

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