Depuis une quinzaine d’années d’expériences multiples et de voyages, je me suis confronté à différentes techniques et à différents vocabulaires visuels pour appréhender ce que je cherche : un instrument unifié d’expression qui soit singulier, profond et épais et qui me permette d’explorer le mystère de l’existence humaine et la complexité de notre intériorité.

C’est désormais la peinture qui retient toute mon attention et dans laquelle je creuse, à chaque nouvelle toile, un questionnement autour de la matière, de ce qu’elle porte comme mémoire ou comme trace, de ce qu’elle dévoile de la réalité, de ce qu’elle nous apprend de nous même, de la lumière, de la terre, des autres êtres vivants ou de l’esprit.

Inspiré par les traditions anciennes, où l’esprit et la matière ne font qu’un, je cherche à «voir au travers» et à rendre ainsi, par une expression qui m’est propre, ce que je perçois de la nature. Par cela, je cherche à «toucher» et «faire penser à», sans n’avoir jamais rien illustré ou représenté, chemin fragile entre l’abstraction pure et la figuration.

Mon inspiration est également psychologique. L’étude de l’inconscient alimente ma recherche visuelle par un travail sur la mémoire, où le souvenir n’est pas figé mais plutôt un recommencement permanent du regard que l’on porte et la possibilité d’un rêve éveillé.

Par la technique que j’utilise, où se mêlent peinture acrylique et papier, je joue à la fois sur l’espace et le temps. Le papier, en absorbant l’eau, ralentit le séchage de l’acrylique et me permet ainsi de manipuler la matière, de la frotter, de la plier ou de l’arracher, de la faire couler, de la déplacer. La lumière peut ainsi naître d’un trou creusé dans l’épaisseur du papier, révélant alors une strate oubliée.

Mes couleurs sont issues d’un mélange permanent de jus dont l’issue tend au gris. Elles sont réveillées par des projections de peinture épaisse que j’associe au travail d’érosion permanent provoqué par la mer et le vent.